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l'Art du Sexe Sacré - Fang-zhong-shu - Art de l'alcôve

Fang-zhong-shu (art de l'alcôve) :

En Chine, les pratiques sexuelles connues sous le nom de fang-zhong-shu (art de l'alcôve) étaient employées, comme toute autre technique alimentaire, respiratoire, gymnique, etc., pour atteindre l'harmonie entre la santé psychique et physique, élément indispensable à l'obtention de l'immortalité. Associées à la médecine, à la métaphysique et à la méditation, elles faisaient partie du vaste arsenal de techniques de Longue Vie. L'on raconte que Rong Cheng, un célèbre immortel de l'Antiquité, connu comme l'un des premiers compilateurs de manuels sur les techniques sexuelles, fut initié à cet art de « nourrir et contrôler les fonctions physiques» : en puisant l'essence dans la Femelle obscure, il empêcha la mort de l'Esprit de la vallée et préserva ainsi sa propre énergie vitale et sa propre essence. Grâce à cet art, ses cheveux blancs redevinrent noirs et une nouvelle dentition se substitua à l'ancienne.

Le principe de la technique employée par ce maître consiste dans une totale maîtrise de l'union sexuelle afin de ne pas éjaculer et de «faire retourner l'essence pour renforcer le cerveau» (Huanjing bunao). Ce sont là les mots clefs sans cesse répétés dans les manuels et classiques de l'alcôve qui ne semblent aucunement contredire les principes inspirant les anciennes techniques de longévité. Ces principes se fondent sur l'idée de «conservation » qui dirige chaque geste et chaque action de celui qui veut vivre aussi longtemps que le Ciel et la T erre, en économisant ses propres énergies, ses fluides et humeurs vitales et en évitant soigneusement leur perte éventuelle. «Agir en harmonie avec le rythme céleste», exprimé par l'alternance du yin et du yang, constitue le régime à adopter pour conserver et accroître sa propre vitalité. L'univers lui-même est créé et maintenu par l' interaction continue de cette dualité cosmique. De l'action de ces deux principes, féminin et masculin, découlent le changement et le renouvellement des choses et des êtres dans le monde, selon un processus cyclique continu d'alternance et de transmutation voulant que le yang parvenu à son climax laisse la place au yin et vice versa. L'homme et la femme incorporent cette dualité et ils ont besoin l'un de l'autre pour se compléter. En reproduisant l'union du Ciel et de la T erre, lors de la création du monde, ils perpétuent, par leur acte sexuel, cette libido cosmique qui sanctifie l'harmonie du rythme de la vie universelle. L'acte même du coït, les organes, les postures revêtent une signification métaphysique conforme aux configurations cosmiques et aux mouvements célestes. Comme le Ciel tourne à gauche et la Terre à droite, l'homme et la femme suivent leurs mouvements et gardent des postures en harmonie avec le cours naturel des choses. L'acte sexuel qui vise à la satisfaction mutuelle, s'occupe aussi du plaisir de la femme en apprenant à l'homme à contrôler ses passions, à régler son désir en prévenant le risque d'une éjaculation précoce, cause possible d'une disharmonie entre le yin et le yang. L'homme et la femme sont aussi comparés respectivement au feu et à l'eau : le feu s'enflamme facilement mais il est difficile à arrêter, tandis que l'eau requiert un certain temps avant de se chauffer et elle se refroidit lentement. Ces images, qui caractérisent les différentes aptitudes orgasmiques de l'homme et de la lemme, symbolisent aussi l'équilibre cosmique représenté, d'après le Yijing (Livre des Mutations), par l'hexagramme Jiji (accomplissement). Formé par les deux trigrammes Kan (eau) en haut et Li (feu) en bas, cet hexagramme concrétise non seulement le parfait équilibre cosmique entre le yin et le yang, mais aussi la totale entente sexuelle entre l'homme et la femme. Enracinées dans les anciens rites de fertilité et dans les pratiques chamaniques, les techniques sexuelles étaient en fait considérées en Chine comme un art, un yoga, un rituel, une thérapie individuelle et communautaire qui furent progressivement intégrées dans les pratiques taoïstes. Associées tout d'abord au milieu des «hommes à techniques» (fangshi), elles s'enrichirent, au fur et à mesure, de toute une culture cosmologique, médicale et religieuse qui modela certains traits de la vie chinoise à l'époque de la dynastie Han (220 av. J.-C.-206 apr. J -C.). Comme les manuscrits de Mawangdui retrouvés dans des tombeaux remontant à cette même époque l'ont confirmé, l'union sexuelle était employée comme l'un des nombreux moyens thérapeutiques pour soigner différentes maladies, accroître la puissance vitale et engendrer une saine descendance. Parallèlement, comme en témoigne l'ancienne liturgie connue sous le nom d' « union des souilles» (heqi), elle était aussi utilisée au sein de la plus ancienne organisation religieuse taoïste, celle des Maîtres célestes, comme une forme d'accouplement de dimension cosmique dans le cadre d'un rituel initiatique.

Dans le Baopuzi, oeuvre du IVe siècle Qui recueille les diverses techniques et doctrines ésotériques existant alors en Chine, la pratique sexuelle est mentionnée comme l'une des trois techniques fondamentales pour obtenir l'immortalité. L'enseignement essentiel, mentionné aussi dans ce texte, consiste à « faire circuler l'essence pour renforcer le cerveau», car si l'on ne connaît pas ce principe, l'absorption même des plus précieux élixirs ne servira pas à atteindre l'immortalité. Dans un autre passage de ce même texte, les pratiques sexuelles sont cependant critiquées pour avoir été souvent mal interprétées par des soi-disant maîtres. Ceux-ci, ne comprenant pas ses principes authentiques, profitèrent de ces techniques pour s'adonner aux plaisirs, commettre des adultères et attirer des disciples par pure vénalité . La plupart des manuels sont, en effet, très ambigus sur la véritable signification de ces pratiques sexuelles qui demeure ainsi cachée aux non-initiés. On ne sait jamais très clairement, par exemple, si l'essence qu'il faut faire circuler ou absorber est intérieure, extérieure, subtile, grossière ou, simplement, un mélange de tout cela. D'après certains textes, il s'agit du sperme, tandis que pour d'autres c'est sa forme sublimée ou énergie sexuelle qu'il faut faire monter au cerveau. La plupart des textes postérieurs (VIIle-IXe s.) enseignent une sorte de "coitus reservatus" visant à empêcher l'émission de cette essence et à contrôler sa circulation. Comme les classiques les plus anciens, ces textes s'accordent pour affirmer que l'essence est la chose la plus précieuse dans l'homme et que son activation promeut la circulation du souille dans le corps. Influencés par les conceptions médicales, ils retiennent qu'une excessive activité sexuelle épuise les reins, sanctuaire de l'essence, en affaiblissant tant le système rénal que les organes génitaux auxquels sont associés les fonctions cérébrales, les os, la moelle, les dents et les cheveux. Il est certain que les reins ne sont pas compris au sens de la physiologie moderne occidentale, mais en tant que réservoir d'énergie vitale, responsables de la santé de tous les autres organes. Ils possèdent une double fonction yin et yang : l'aspect yin, hérité au moment de la naissance, est associé à l'eau et à l'essence spermatique (ou au sang menstruel pour la femme), tandis que l'aspect yang antérieur au Ciel est lié au feu et à l'énergie sexuelle. Le feu «sexuel », appelé aussi Yang véritable, est censé demeurer dans le mingmen – Porte du Destin ou de la Force vitale – qui est associé au rein droit ou à l'espace entre les deux reins. C'est là que se trouve la source de la vie, la puissance générative qui assure à l'adepte une longue vie et l'immortalité. Cette puissance doit être activée par le rapport sexuel pour pouvoir se transformer et se transférer d'un corps à un autre puisque c'est seulement « lorsque le yin et le yang s'unissent harmonieusement que le souffle vital circule partout». Conséquence normale d'une telle vision, l'abstinence est condamnée en tant que méthode contre nature qui ne permet pas l'échange du yin et du yang. De fait, lorsque l'homme n'a pas de compagne, il souffre facilement d'instabilité mentale, de frustrations qui peuvent être la cause de l'épuisement de son essence par des pollutions nocturnes, par des rêves érotiques, etc. Ce qui est donc interdit n'est pas l'union sexuelle mais son dérèglement. Celui-ci provoque l'épuisement de la puissance vitale et le vieillissement qui en résulte. Il est alors nécessaire d'adopter, en vue d'un acte sexuel correct, certaines règles, de choisir les jours et les heures les plus propices, en s'y préparant par des exercices préliminaires de visualisation, par l'adoption de certaines postures, etc. Il est aussi conseillé de choisir une femme, trois ou quatre jours après ses règles, animée de certains signes, d'un âge inférieur à trente ans ou, encore mieux, des vierges venant juste de sortir de la puberté. Ce moment représente l'âge d'or, la période idéale où l'essence est à son paroxysme dans la mesure où elle n'est pas encore corrompue par le désir ou par des pertes incontrôlées. Associée à l'enfance, la puberté est glorifiée comme le moment idéal vers lequel il faut retourner. Sous le symbole du « nouveau-né », elle incorpore le but à atteindre car, comme l'affirme le Daodijing, l'enfançon qui possède des os et des muscles souples, serre avec force ses poignets et redresse tout naturellement sa verge même s'il ignore encore tout de la sexualité. « Rester souple » est en fait synonyme, dans tous les textes taoïstes, de vie, de puissance – d'où l'importance des diverses techniques d'assouplissement mental et physique, comme la visualisation, le daoyin, etc. - , tandis que tout ce qui est dur et résistant est associé à la mort et à la nécrose des membres et de l'esprit. C'est dans ce contexte qu' il faut donc appréhender les techniques sexuelles et, plus particulièrement, une célèbre pratique décrite dans les manuels comme consistant à« entrer faible et sortir fort ». Celle-ci se réfère à un coït au terme duquel la « Tige de jade » sort de la « Fissure de cinabre » encore en érection. D'autres techniques de contrôle de l'éjaculation visent aussi à ce même but et apprennent à l'homme à serrer sa verge avec les doigts, à contracter le périnée, à fermer les yeux et concentrer l'esprit, à plaquer la langue contre le palais, à retenir le souffle, à dilater les narines, etc. Certains textes conseillent non seulement de changer souvent de partenaires, mais aussi de boire ses sécrétions en absorbant simultanément par les narines et par le pénis son essence yin. Si l'inspiration et la rétention sont pratiquées conjointement, une sorte d'absorption pneumatique est alors créée, causant la montée de l'essence. Certains manuels à usage privé collectionnent bien d'autres techniques nouvelles qui semblent s'opposer à l'ancienne théorie sur l'harmonie du yin et du yang. Adressés plus particulièrement aux hommes, ces manuels leur enseignent à se nourrir de l'essence yin de la femme aux dépens de cette dernière. Ils mettent aussi en garde les hommes contre le choix d'un certain type de femme capable de vampiriser leur essence. A l'image d'une stratégie militaire, l'art sexuel est aussi désigné comme « une bataille entre les deux sexes pour prendre et renforcer » son propre trésor aux dépens de celui de l'ennemi. L'acte sexuel semble ainsi se dérouler simplement pour voler à la femme sa source d'essence yang antérieure au Ciel et réparer chez l'homme sa perte d'essence. Il faut néanmoins cerner, au sein de toute cette littérature consacrée aux procédés sexuels, ce qui relève de la simple métaphore de ce qui est, en revanche, une véritable technique « vampirique». Il est nécessaire d'interpréter les diverses méthodes sexuelles dans un contexte précis, en différenciant les pratiques ésotériques transmises de maître à disciple des simples techniques de divulgation propagées par des manuels à usage privé. Comme le Baopuzi l'avait déjà fait remarquer, la diffusion des techniques sexuelles a conduit, en fait, à une dégradation de ce qu'étaient autrefois les principes authentiques de la doctrine de l'alcôve. La pratique originelle fut mal interprétée par des adeptes désormais incapables de distinguer l'essence véritable de l'enseignement de son emploi contrefait.

Pour comprendre l'essence de cet art, il faut replacer son enseignement dans le contexte d'hygiène sanctifiante qui l'animait autrefois et qui l'accordait au cycle des saisons. A l'instar du "coitus reservatus", les privations étaient, dans ce domaine, simplement interprétées comme des pauses nécessaires à la purification ; elles servaient, non pas à la mortification, mais à la vivification. Technique destinée à augmenter la puissance vitale en purgeant l'essence spermatique des germes de mort, le "coitus reservatus", tel qu' il était prisé dans les textes ésotériques taoïstes, n'était donc qu'un moyen de réactiver les énergies et les composantes du corps en les sublimant en essences de plus en plus raffinées. Le sexe était donc conçu, non dans une optique de chasteté, mais comme une sorte d'épreuve imposée à l'adepte. Sous la forme d'une initiation sacrée, il lui apprenait le contrôle de ses désirs, l'harmonisation de sa vie sexuelle en fonction des cycles naturels et cosmiques, ainsi que la régénération de ses fonctions physiques et mentales pour créer en lui un nouveau corps subtil et immortel.

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